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Luce

Temps de lecture : environ 2 minutes

— Luce, lâche ce rideau !
— Mais heu Maman !
— lâche ce rideau je te dis, on va te voir !
— Et ?
— Et si on te vois, enfin réfléchis on a mis des rideaux c’est pour qu’on ne nous voit pas, si tu tiens le rideau et que tu te mets à la fenêtre on va te voir !
— oui mais si je tiens le rideau c’est justement pour voir dehors…
— Pourquoi ?
— Ben… c’est beau…
— Qu’est-ce qui est beau ?
— Ben… la rue, le soleil sur la façade en face, les gens derrière leurs fenêtres…
— Quels gens derrière leurs fenêtres ?
— Ben là en face par exemple.
La mère s’approche regarde en face, une rangées de fenêtres un immeuble, et un autre, et encore un…  Jusqu’au bout de la rue à droite, jusqu’au bout de la rue à gauche, des fenêtres à perte de vue, et des rideaux, des rideaux aux fenêtres à perte de vue…
— Quels gens derrière leurs fenêtres, il y a des rideaux partout ? Que racontes-tu ? Que peux-tu voir chez eux ?
— Voir ? Rien… J’imagine.
— Tu imagines ? Tu imagines quoi ?
— J’imagine la vie des gens derrière leurs fenêtres, ce qu’ils font, ce qu’ils disent, ce qu’ils voient quand ils soulèvent le rideau pour regarder dehors, ce qu’ils imaginent quand en face d’eux se dresse un mur aux fenêtres rendues aveugles par des rideaux, quand ils jettent un regard et qu’ils voient un rideau bouger, se soulever…
— Moui… enfin là ce que je vois ce sont des fenêtres fermées et des rideaux tirés, je ne vois pas bien ce que çà pourrait Inspirer…
— Je sais pas, maman fait un effort, mets toi à la place des gens en face je suis sure que tu peux imaginer des choses, de ce qu’ils sont, de ce qu’ils font…
— Tu y tiens vraiment ?
— Oui ! s’il te plaît. que penses-tu des gens en face ?
Et la mère de regarder et à droite et à gauche… des centaines de fenêtres fermées, des centaines de paires de rideaux tirés.
— Je pense que…
— Oui ?!
Et Luce d’attendre que pour une fois sa mère si terre a terre, si enfermée dans ses principes, fasse l’effort surhumain d’imaginer une histoire, attendant le début d’une histoire folle sur ce qui pourrait se cacher derrières les fenêtres des immeubles de l’autre côté de la rue.
— Je pense que les gens d’en face doivent avoir des petites filles mieux éduquées que la mienne, car aucune ne s’accroche aux rideaux pour voir dehors ou se faire voir.
— …
— Maintenant profite que tu es près de la fenêtre, ferme-moi ces volets, il se fait tard !

 


La BO de Luce :

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