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Maurice

Temps de lecture : environ 5 minutes

Comme tous les matins Maurice est allongé sur le petit balcon, sa tête repose sur la barre du parapet, il regarde la rue.
Le soleil a commencé sa course depuis un bon moment déjà, il ne saurait dire combien de temps (il n’est pas doué pour lire l’heure). Par contre ça fait un bon moment il y a des signes qui ne trompent pas.

Il tourne la tête à droite.

Le bar tabac a ouvert depuis un moment, il a vu des gens rentrer, des gens sortir. De même, le ballet des bus à l’arrêt en bas de la rue a commencé depuis un bon moment, il en a vu qui roulaient avec les phares allumés, il en a vu aussi avec les phares éteins. Et ça dure depuis un moment.

Il tourne la tête à gauche,

Le fait que la boulangerie soit ouverte, ainsi que la boucherie traiteur de monsieur Marcel ne lui dit pas grand-chose sur l’heure qu’il est, se sont des commerces qui ouvrent tôt. Par contre la Poste est ouverte, et comme Lucienne dit toujours « ils ouvrent tard ces fainéants de fonctionnaires ! ». C’est qu’il ne doit pas être si tôt que çà.

Et puis il y a un signe qui ne trompe pas : à la station de métro il y a déjà beaucoup moins de monde, ça ne lui donne pas l’heure exacte, mais ça veut dire une chose : l’heure de pointe des travailleurs du matin est finie.

À moins qu’on soit samedi. Ou dimanche.

"Ben non", pensa Maurice, on est ni samedi ni dimanche, le dimanche la poste n’est pas ouverte parce que comme le dit Lucienne « ils ne sont jamais ouverts quand on a besoin d’eux ces fainéants de fonctionnaires ! ». Parce que, oui, Lucienne c’est le dimanche qu’elle fait son courrier, le jour ou elle lui dit « Bon allez Maurice, il faut que je fasse mes factures ». Alors elle se met à son bureau, elle écrit des trucs, elle signe des trucs, elle glisse des trucs dans des enveloppes, elle cherche des timbres partout, elle maudit « ces fainéants de fonctionnaires » et puis elle pose son courrier sur la console de l’entrée, et elle achète des timbres le lundi matin quand ils vont au bar Tabac pour prendre son paquet de Gauloises Brunes.

Donc on est pas dimanche.

Et on est pas samedi non plus.

Parce que le vendredi soir, Lucienne regarde sa série à la télé, bien installée dans le canapé. Avec une boite de ses chocolats préférés qu’elle a acheté le matin quand ils vont chez la boulangère. Maurice lui s’assied à coté d’elle. De temps en temps, pendant la pub, elle lui raconte tel ou tel élément de l’intrigue, un truc qui c’est passé quelques épisodes avant et qui lui a sans doute échappé. Faut dire que Maurice, ça l’intéresse pas trop les séries, mais si ça plaît à Lucienne alors Maurice est content. Il la regarde avec Amour, quand elle lui parle, et parfois il a même droit d’avoir un bout de chocolat.
Et lui, s’il n’aime pas les séries télé, il aime bien avoir un chocolat.
« Mais n’en mange pas trop gourmand, c’est mauvais pour ta santé si tu en manges trop.». lui dit Lucienne.

Mais hier il n’avait pas mangé de chocolat, donc aujourd’hui on est pas samedi

Maurice aime bien regarder au Balcon mais là ça fait quand même un petit moment qu’il y est, et c’est pas qu’il s’ennuie (enfin si un peu) mais il aimerait bien aller voir un peu Lucienne. Alors il s’approche de la fenêtre et il l’appelle, doucement.
Une fois, deux fois.
Mais Lucienne ne répond pas.
Elle doit dormir.
Tant pis, Maurice se retourne vers la rue, il s’assied, il attend.

Enfin bon, il ne va quand même pas attendre toute la journée. Parce que Lucienne lui manque, qu’elle ne lui répond pas (et ça, ça le rend triste) et surtout que là, il a envie de faire pipi.

Une fois, sur la terrasse, il avait eu envie de faire pipi.

Et il avait visé entre les barreaux.

L’urine était tombé sur la tête de madame Concalves, la concierge, et elle n’avait pas aimé çà.

Houla ! elle était vachement stricte madame Concalves, elle les avait engueulés avec Lucienne ce jour-là.

Elle râlait toujours madame Concalves... Pareil quand quelquefois Maurice appelait le chat de la voisine d’en face, madame Concalves se précipitait à la porte de l’appartement de Lucienne, tambourinait jusqu’à ce qu’elle ouvre, et l’engueulait.
« Que voulez-vous, disait Lucienne. Il est jeune on fait parfois des bêtises à son age…
Des bétiches, des Bétiches ?!! hurlait madame Concalves avec son fort accent portugais. Chette Chaloperie elle fait tout pour me pourrir la vie ! »

N’empêche que là il avait envie de faire pipi. Et puis en plus il était inquiet, c’était pas normal que Lucienne ne lui ai pas répondu. Peut-être était elle en colère contre lui ?

Et lui n’était heureux que quand elle s’occupait de lui.

Il tourna la tête à gauche et vit madame Concalves qui s’approchait de l’immeuble avec des gros cabas de courses. Alors il eut une idée : Il allait crier fort, comme ça Madame Concalves monterait l’escalier engueulerait Lucienne qui serait bien obligée de quitter son canapé et de venir s’occuper de lui.

Il cria.
Une fois, deux fois, trois fois, de plus en plus fort, pour attirer l’attention de madame Concalves, et plus il criait plus il avait besoin de crier. Il criait, parce que c’était injuste qu’à une heure aussi tardive il soit sur le balcon, parce que Lucienne ne lui ouvrait pas,  bientôt, il hurla de désespoir parce que si Lucienne ne lui ouvrait pas c’est qu’elle était fâchée et qui sait, peut-être même qu’elle ne l’aimait plus. Il hurlait sans pouvoir s’arrêter, de tristesse, et d’incompréhension.

Bientôt madame Concalves tambourina à la porte, alors il hurlât plus fort encore.

On entendit au bout de la rue une sirène de pompiers.

Puis des pas précipités dans l’escalier.

La porte éclata sous des coups de hache et un homme ce précipita vers le canapé, où Lucienne pour le punir faisait semblant de dormir.

Enfin, madame Concalves accouru à la porte-fenêtre du balcon et lui ouvrit, il entra en trombe et se précipita vers Lucienne.

Qui étonnamment ne réagit pas.

Pas un mot, pas une caresse.

Elle ne l’aimait vraiment plus Et il ne comprenait pas pourquoi.

Il essaya de lui lécher la main, mais elle ne réagit pas.

Alors il aboya,

et elle ne réagit pas.

Bientôt les pompiers emportèrent Lucienne sur un brancard. Et il se retrouva seul dans le salon avec madame Concalves.
Il eut un peu peur d’elle et la frayeur fit lâcher sa vessie.

Madame Concalvez se pencha sur lui et le caressa entre les oreilles.
« pauvre petit animal. Lui dit elle. Tu vas te chentir bien cheul mon pauvre Mauriche ! et elle le caressa avec douceur derrière les oreilles.

On n’est pas dimanche ni samedi, pensa Maurice, mais aujourd’hui c’était un jour formidable : le jour ou madame Concalves était sympa avec lui.
Il en frétilla de la queue et lui lécha la main.


La BO de Maurice :

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