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Marcel et Suzanne • Partie 3

Temps de lecture : environ 3 minutes

Ce soir de printemps ou Marcel avait vu le reflet qui avait fait naître en lui un sentiment de peur, c'était il y a bientôt 3 ans.

Depuis sa vie avait radicalement changé.
Tout d'abord il s’était calmé. Il avait inspiré (lentement), expiré (tout aussi lentement) comme lui avait appris Suzanne.

Mais il avait aussi décidé de se prémunir de cette potentielle menace indéfinie qui planait au dessus de lui.

Dès le lendemain de sa rencontre avec le «reflet» il était aller troquer son Modem 56k contre un modem ADSL. Tant qu'à  devoir jouer les James Bond autant oublier sa 2 CV et la remplacer par une Aston Martin pour parcourir les autoroutes de l'information à la vitesse du photon lancé dans une fibre optique.

Il avait aussi fait évoluer son parcours à travers le web. Il s'éloignait peu à peu des grandes aires d'autoroute que sont les sites d'actualités et commençait à s'arrêter dans des «routiers» où  l'on croise la crème des professionnel des routes numériques. Il avait commencé à fréquenter activement les pages de Zataz et d'autres sites liés à la sécurité du web. Puis sortant des grands axes il s'était dirigé vers ces lieux exotiques dont on se donne l'adresse à voix basse, il avait commencé à farfouiller dans les forums «d'hacktivistes».

Attention rien de glauque, pas un des ses repaires puants du DarkWeb où l'on fait toutes sortes de transactions louches ou inavouables. Juste un de ces forums grouillant de révoltés de tout poil de toutes plumes (et de clavier) où des libristes et des bidouilleurs de génie évangélisaient des «résistants» qui espéraient y trouver des conseils.

Chacun de ces parias voulait devenir un «survivaliste numérique», équipé pour résister  à un milieu numérique hostile peuplés de ILS malveillants  aux contours mal définis évoquant leurs pires angoisses.

Sauf que bien souvent le niveau technique était trop élevé pour les compétences de Marcel pour qui l'informatique se cantonnait à ouvrir un navigateur et à cliquer sur des liens.

Tant et si bien, que les seules conversations qu'il était capable de suivre était celles initiées par d'autres cyber bouc émissaires de son acabit. Conversations qui mélangeaient allègrement  : sentiments de harcèlement, jargon pseudo technique, théorie du complot, de la terre plate, Ordre de la Rose-Croix...

De ces  échanges il sortait persuadé de pouvoir finir comme Kennedy :  assassiné par les tirs croisés d'Aliens de la Zone 51 qui voulaient prendre d’assaut les tours du World Trade Center...

Bref, ses périples en Cybermonde lui donnaient plus que des réponses a ses interrogations, ils le confortaient dans ce qui ressemblait chaque jour un peu plus à de la paranoïa

Les mois passaient, et si intérieurement Marcel vivait les pires tourments, extérieurement il essayait de garder le même aspect, afin de tromper la vigilance des ILS.

Réveil, charentaises, café, revue de presse succincte, farfouillage de sites complotistes...

...vidage du cache du navigateur

...aller à la cuisine et déjeuner avec Suzanne

( chomp, chomp, chomp)

...retour au salon, connexion à sa messagerie (avec un clef PGP) pour échanger des messages avec deux ou trois allumés rencontrés sur un forum de Barjoland

Puis chaque soir il allumait les lumières,

( chomp, chomp, chomp)

Il allait jusqu'à la baie vitrée du salon...

Mais avant de remonter le store et de baisser le volet il regardait attentivement la façade de l'immeuble en face.

et au fil du temps il avait découvert des choses.

La plupart du temps il ne voyait rien, mais parfois, alors que son attention et sa vigilance auraient pu s'abaisser il apercevait un mouvement, ou un reflet.

C'était parfois une fenêtre du cinquième qui s'ouvrait après avoir été fermée pendant plusieurs semaines, c'était parfois sur le grand toit terrasse.

Et apparemment c’était un jeune homme âgé à première vue d'une petite quarantaine d'année. Il avait un appareil photo et le photographiait, ou parfois dirigeait sont objectif vers le ciel rougissant du coté de la Tour Montparnasse, comme pour lui faire croire finalement qu'il ne s’intéressait pas à lui.

Mais lui savait qu'il était le bras armé des ILS, lui savait que s'il ne faisait pas attention, un jour ou l'autre ce ne serait pas un appareil photo qui serait pointé sur lui.

Bref Marcel yoyotait a plein régime

 


La BO de Marcel et Suzanne • Partie 3 :

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