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Marcel et Suzanne • Partie 6

Temps de lecture : environ 3 minutes

 

Chomp...

Chomp...

Chomp...

Suzanne lève les yeux vers l’horloge de la cuisine. Il est dix heures. L’appartement est calme et elle entend au bout du couloir le bruit des charentaises de Marcel.

Un pas lent, un pas lourd.

Marcel a vraiment changé, beaucoup. C’était nécessaire bien sûr, mais il est beaucoup plus lent.

Parfois Suzanne se souvient de cette journée, il y a trois ans, il était enfermé dans le salon, il l’avait accusée d’avoir été retourné par des forces conspirationnistes, pour lui nuire.

Elle avait appelé le docteur Leroy.

Avec le médecin, ils avaient tapé à la porte pour qu’il ouvre, il les avait traité de suppôt du grand capital,
Suzanne avait craqué, dans la cuisine elle avait raconté au médecin ce qu’elle avait cru comprendre : Marcel, la retraite, l’Internet, ses indignations, ses déceptions ses lectures sur l’internet, et puis ce qu’elle avait découvert quelques minutes avant ; ce sentiment d’être traqué surveillé pour son anticonformisme.
Au terme de son histoire elle était en larmes, elle avait peur, dit elle à Leroy, peur que Marcel ai complètement perdu les pédales.

Le hasard, voulait que Le docteur Leroy ai eu l’occasion ces dernières années de soigner de nombreux « cas » soumis au « stress » liés à l’utilisation de l’Internet : start-upers ruinés, programmeurs exploités par des start-upers au bord de la ruine, utilisateurs addicts au sites de partage de photo de chaton créés par des start-upers de génie (qui finiraient ruinés)…
il lui parla de « burn-out numérique » de « bulles de filtre » qui peuvent influer sur la vision du monde.
Il la rassura ,en lui disant qu’en quelques semaines, au pire quelque mois de traitements avec un anxiolytique et antidépresseur « légers » devrait permettre à Marcel de devenir un homme neuf et apaisé.

Elle acquiesça c’est ce qu’elle voulait. Que Marcel soit en paix.

Heureux d’avoir l’accord de l’épouse, Leroy prit sont téléphone et appela les pompiers. Puis tout alla très vite.
Ils défoncèrent la porte du salon d’un coup de hache, saisirent Marcel, puis, le docteur lui fit une piqûre. il s’affala.
Les pompiers le mirent sur une civière, et le conduirent à l’hôpital ou pendant 15 jours on lui administra force perfusions et cachets. Sensés le détendre et le calmer.

Quand il revint à la maison il était effectivement beaucoup plus calme, et beaucoup plus lent aussi.

Chaque matin il émergeait du sommeil un peu avant 10 heures, il enfilait lentement ses charentaises, et parcourait en 10minutes les 10 mètres du couloir).
Chomp,
Chomp,
Chomp…
la porte de la cuisine s’entrouvri, Marcel passa la tête à la porte.
— bonjour ma chérie, dit il d’une voix lente avec un sourire extatique, il a l’air de faire beau aujourd’hui. Je vais prendre mes cachets.
Elle lui donna les 4 grosses pilules bleues et les 2 petites pilules rouges.
Il la remercia avec son grand sourire, puis suivi le lapin blanc dans le salon.
Il s’assit dans le grand fauteuil face à la fenêtre.
Il y resterait jusqu’à midi, jetant un œil distrait au Libé, que le facteur déposait chaque matin. Il essayerait de lire un article ou deux, mais, il avait du mal a retenir plus de deux lignes à la suite. Alors il se contentait de regarder danser les caractères devant ses yeux en leur trouvant une grâce infinie.
A midi il mangerait, puis il retournerait au salon, regarderait un épisode des « Feux de l’Amour » (c’était tellement triste et émouvant). Il subirait deux ou trois talk-show, en compatissant au sort des malheureux invité qui avaient vécu la douleur de perdre leur chat, leur mari, leur enfant, leur virginité ou leurs clefs de voiture… tout en se demandant pourquoi tous ces gens pouvaient être aussi tendus.
Et il sourirait apaisé.
Puis il irait fermer les volets,
il souperait,
puis se coucherait.
Ça faisait Trois ans que ça durait

Suzanne trouvait ça reposant aussi. Peut-être trop

Jusqu’à ce soir, où il entrouvrit la fenêtre pour profiter de la douceur du printemps. C’était le moment ou les muguets fleurissaient dans la jardinière de la terrasse.Il adorait l’odeur du muguet, ça sentait le printemps, le renouveau, et la lutte prolétaire. Il croyait se souvenir qu’il aimait çà… Avant.
Il leva la tête pour regarder la lumière du soir danser sur la façade de l’immeuble d’en face.

Et il vit un reflet...
il senti la panique le gagner.

— Suzanne cria-t-il SUZANNE !!!!
il tremblait de tout son corps, il se retourna verselle et lui dit :

— ILS sont là ILS sont la !
Çà voix tremblait, ces mots se mélangeaient
— Écoute Suzanne, puisque je te le dis, arrête de me prendre pour un dingue… je te dis je l’ai vu…

Un quart d’heure après l’ambulance quittait la résidence gyrophare tournant et sirène hurlante.


La BO de Marcel et Suzanne • Partie 6 :

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