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Kurt • partie 1

Temps de lecture : environ 2 minutes

Il descendait la rue principale, les mains dans les poches, d'un pas trainant, la mine longue et le regard fuyant. Quiconque l'aurait croisé à cet instant précis aurait pensé en le voyant qu'il venait de perdre un proche.

Pourtant contredisant son apparente nonchalance, il se précipita sous le porche d'une porte cochère. Il referma derrière lui et se retrouva dans une cours qu'il se hâta de traverser pour se précipiter dans un escalier. Gravissant les marches quatre à quatre il ne s'arrêta qu'au troisième. Il reprit son souffle puis frappa à la porte de gauche. Derrière la porte, il entendit un pas précipité, bien qu'amorti par des chaussons (chomp, chomp, chomp).

qui est là ? demanda une voix caverneuse
Tango Charlie, ouvre ! Dépêche toi, on gèle ici.
La porte s'ouvrit en grinçant sur un couloir obscur.
Tango Charlie c'était le mot de passe du mois dernier. T'as de la chance que j'ai reconnu ta voix, bougonna le vieux.

Ha bon ? enfin ce n'a pas beaucoup d'importance, tu m'as ouvert. Ne perdons pas de temps en fariboles. Tu as le colis ?

Tu vas trop vite jeune homme tu n'as rien pour moi ?

Kurt porta sa main à sa poche, le vieux se raidi.

Doucement! dit-il . Pas de coup fourré !

Le jeune homme sortit une épaisse enveloppe en kraft et la tendit à l'autre qui l'ouvrit jeta un rapide coup d'œil la referma, la glissa dans la poche de son peignoir puis se rendit au fond de l'appartement.

il revint bientôt avec dans les mains une boîte d'une vingtaine de centimètres de côté.

Kurt frissonna.

Une fois rentré chez lui, Il s'assit dans le vieux canapé défoncé et posa la boite devant lui, sur la table basse. Selon son estimation, tenant compte de la taille exceptionnellement grosse du colis, il devait y avoir environ 3 suremballages avant d'arriver au contenant isotherme renfermant le précieux caviar. Cela faisait bientôt deux ans que Kurt trafiquait dans l'oeuf d'esturgeon. Il achetait les précieuses boîtes à des serbo-croates - qui l'importait eux-même directement d'Ukraine - et les revendait le triple du prix à des russes blancs de l'avenue Montaigne. C'était un petit boulot tranquille, pépère, sans gros risque, qui lui permettait de gagner honnêtement sa vie tout en lui laissant pas mal de temps libre.

Cette fois-ci, le colis était beaucoup plus grand que d'habitude. Il l'ouvrit et fut étonné d'arriver si vite à la boite isotherme. Le vieux se serait-il trompé dans les quantités?

Il souleva doucement le couvercle en polystyrène. Une étiquette en carton indiquait, en écriture gothique, "made in Germany". Incrédule, il arracha le papier avec violence. En fait des précieuses boîtes de béluga, il y avait là, au moins vingt chapelets de dix saucisses de Francfort.

Une heure plus tard il repassa la porte cochère, regrimpa l'escalier retapa a la porte. derrière la porte ça rechompchomchompa. puis : «qui es la ?»

— Tango-Charlie! il hurlait,

— Ben non, dit le vieux.

— Bordel, c'est moi c'est Kurt ! ouvre.

— Ben non c'est pas le bon mot de passe.

Et le vieux se tu. On entendit le bruit de deux verrous puis le chomp chomp qui s'éloignait.

Kurt se retrouva dehors avec plusieurs douzaines de Francfort les plus chères du monde.

Il allait falloir trouver une solution pour rattraper cette catastrophe.


La BO de Kurt • partie 1 :

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