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Pongo

Temps de lecture : environ 2 minutes

Il s'installa confortablement devant l'ordinateur et pris le téléphone pour commander une pizza.

Elle était partie. Elle le menaçait depuis plusieurs mois déjà. Mais il n'avait jamais cru qu'elle passerait à l'acte.

Hier, elle avait remonté de la cave son énorme valise rouge. Presque toutes ses affaires y tenaient. Ses pulls, ses robes, ses jeans, tout le fourbis qu'elle entassais dans les tiroirs de la salle de bain. Elle avait réussi à y caser également ses disques et le masque africain qu'ils avaient rapporté du Sénégal.

Elle était revenue dans la soirée pour prendre le reste de ses affaires. Les bibelots, la télé, les livres, les cadres. Elle lui avait laissé le chat.

Cela faisait presque trois semaines qu'il n'était pas sorti de chez lui. Les boîtes à pizza s'entassaient devant sa porte en une pyramide improbable. Il remettait sans cesse au lendemain la séance de pliage inévitable s'il voulait les faire passer par le vide ordures.

Il bossait sur l'ordinateur, faisait ses courses en ligne et envoyait quelques SMS à ses parents et à sa sœur suffisamment régulièrement pour qu'ils ne s'inquiètent pas. Son seul contact physique avec un être humain se limitait aux livreurs et au facteur. Et à Pongo.

Le chat était devenu son confident, son collègue, son ami. Il partageait avec lui ses pensées les plus futiles et lui demandait son avis sur les lignes de code ou la liste de courses. Assis droit comme un i sur l'accoudoir du canapé, Pongo l'écoutait gravement, la tête penchée sur le côté.

Cela faisait cinq mois qu'il n'avait pas mis le nez dehors. Le succès des applications qu'il programmait et publiait lui permettait de vivre confortablement. Il n'avait pas été si créatif depuis de nombreuses années. La solitude probablement. Quand il ne bossait pas, il passait une grande partie de ses journées à mater des séries et à jouer en réseau. Il se levait parfois de son fauteuil de bureau pour ouvrir au livreur de pizza. Il en avait presque oublié de dormir.

Pongo n'était qu'un chat, mais il avait bien compris que quelque chose ne tournait pas rond dans l'appartement. Depuis hier, son maître ne bougeait plus du tout. L'odeur bizarre dégagée par l'amoncellement de boîtes en cartons dans l'entrée était peu à peu replacée par une autre, plus aigre. Pongo n'y connaissait pas grand chose, mais à son avis, ça puait grave la charogne.

Depuis quelques jours, de grosses mouches, d'un beau vert brillant, volaient dans la pièce. Il s'amusait à les chasser avec sa petite patte duveteuse puis retournait tirer sur les mailles du pull-over. Il adorait y glisser ses griffes pointues et tirer dessus jusqu'à ce que le tricot se déchire découvrant des taches de peau verdâtres. Ou violettes suivant l'endroit.

Ce jour là, il avait dû y aller un peu fort. Avec le pull, la peau se déchira sous sa griffe, découvrant des larves et des asticots rampants.

Dégouté, Pongo se détourna et se glissa dehors, se faufilant entre les battants de la porte fenêtre. Même affamé, pour rien au monde il n'aurait touché à cet amas de chair grouillante qui avait été son maître. Il n'était pas un chien.


La BO de Pongo :

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