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Kurt • partie 2

Temps de lecture : environ 3 minutes

Cela faisait maintenant presque deux semaines que les saucisses attendaient sagement dans son congélateur.

Il avait démarché les bulgares, les roumains et même les albanais. En vain. L'idéal aurait sûrement été l'Allemagne. L'Autriche ou la Pologne pouvaient également représenter une grosse opportunité, mais il n'y avait aucun contact.

C'est alors qu'il commençait sérieusement à désespérer qu'il rencontra le tchèque.

C'est Dédé de Rungis qui lui avait donnée le tuyau. « Tu verras, lui avait-il promis, le Tchèque, il te refourgue n'importe quelle camelote du moment qu'il touche 50% ». Ça allait faire cher de la saucisse, mais ça valait le coup d'essayer.

Ce qui avait surpris Kurt c'est que le Tchèque lui avait fixé rendez-vous dans un immeuble de style haussmannien. Lui qui s'imaginait dans quelques bar louche où se traitaient des affaires qui l'étaient tout autant se retrouva face à une hôtesse d'accueil en tailleur strict qui l'introduit dans une pièce aux hauts plafonds mouluré, meublée d'un grand bureau design en verre et acier sur lequel trônait un ordinateur affichant des tableaux et des graphiques.

«Vous voulez un café ? lui dit elle, Sucre ? lait?»

Il dit oui au trois. Elle revint quelques instants après puis le laissa seul. 5 minutes après le Tchèque entra dans le bureau. Il devait avoir une petite cinquantaine, des lunettes à faire baver d'envie Elton John et une barbe poivre et sel. ll se dirigea vers Kurt

— Bonjour ! lui dit-il, Marek Kovac spécialiste du marketing agro-limentaire. Dédé m'a dit que je pourrais vous aider à commercialiser un produit innovant pour lequel vous avez du mal à trouver un marché. Expliquez moi tout, de quoi s'agit il ?

Décontenancé Kurt ne put que répondre :

— de saucisses...

— Ha oui je vois, répondit Kovac... quel style ? bio? kasher ? halal? vegan ?

— heu.. non, Francforts. Avoua Kurt un peu piteux.

— Ha ouais, je vois. Et vous en avez combien de kilos ?

— Euh... neuf à dix. Je dirai. A vu de nez. P'tete un peu plus. Y'a p'tete bien 200 saucisses.

— ha ouais, je vois. Donc on est sur un circuit court, une approche BtoC. Faut viser une stratégie concentrée, la sortie du stade, les concerts. Faut un évènement majeur en target. Avec une grosse campagne de crowdsourcing en amont, on fait un one shot et on écoule tout en une soirée. Oui, c'est bon ça. Je te loue un food truck, ça devrait être rentabilisé facile, tu leur vend tes saucisses dans des petits pains et moi je prends trente pour cent des bénef.

—hein ???

— Un camion dans lequel tu fais des hot dogs. Mais un truc éphémère tu vois ? C'est moderne : les jeunes, les vieux, tout le monde aime ça. Ça leur rappelle les baraques à frites de leur enfance, les fêtes foraines. Si on choisi bien l'emplacement, t'écoule tout en deux heures.

— mais je suis pas pizzaiolo moi ! s'offusqua Kurt.

— Mais non il faut envoyer du rêve ; tu n'as pas un camion, tu es manager d'un food-truck. Tu vends pas de la Francfort, tu vends une histoire entre deux tranches de pain. Tu t'inventes un personnag. Attends je réfléchi...

Kovac commença a fixer les moulures du plafond d'un air pénétré. il resta ainsi plusieurs minutes aussi fixe que si on l'avait empaillé.

Puis il regarda Kurt avec un regard satisfait.

On va créer de la proximité avec le client : Tu t'appelles «le Père Charlie»… parce que tout le monde aime Charlie. Tu es un éleveur de porcs bio. Tu vis dans le Perche où tu élève des cochons au grain à la main en leur lissant les soies a la brosse de chiendent. Avant de les égorger pour en faire de la charcutaille.

— Heu on peut peut être couper la fin, ça risque d'être moins vendeur.

— Ouais t'as pas tord. C'est bien tu t'impliques dans le concept. On va pouvoir lancer la comm et dans deux mois tu vends tes premières saucisses. On vas tout éclater mon pote Charlie !

Kurt pour sa part se demandait si accoler les lots "Charlie" et "tout éclater" était de bon augure pour la suite de ses affaires.


La BO de Kurt • partie 2 :

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