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Henri

Temps de lecture : environ 3 minutes

Mon cher Bertin,

J'ai appris par le courrier mensuel de l'Institut de mai dernier que vous aviez émis une hypothèse sur la fonte des derniers glaciers sibériens qui rejoint les thèses que notre petite équipe étudie ici.

Vous savez qu'il y a dix ans maintenant que j'ai entrepris d'étudier le réchauffement climatique en rejoignant cette station météorologiques installée sur une île perdue dans le sud de l'Atlantique. Contrairement à mes attentes, je n'ai pas trouvé de solution à l'effet de serre ni à la multiplication des typhons de grande ampleur. Je me suis surtout attaché à l'étude de modification de la circulation thermohaline et à ses conséquences sur le dérèglement climatique. C'est un tout nouveau schéma, impensable depuis nos fenêtres d' occidentaux, qui s'est, très vite, présenté.

Avec Martinier et les trois jeunes chercheurs que l'Institut a bien voulu nous envoyer (et qui étaient désireux de venir s'isoler avec nous sur cet île ravitaillée deux fois par an par les navires anglais. Les seuls à s'aventurer dans nos eaux dangereuses), nous avons passé plusieurs années à mesurer, calculer, recalculer. Nous avons même crû que nos appareils de mesure étaient mal étalonnés. Nous avons fait et refait les calculs.

Ces derniers mois ont prouvé, hélas, que nos résultats étaient justes. La dernière étendue de glace a fondue en mars. Je crains que ce ne soit définitif. L'eau monte, les îles de l'archipel s'enfoncent déjà, le volcan gronde, j'ai peur que la fin ne soit plus proche qu'elle ne l'a jamais été.
Je suis désormais seul dans la station. Nos jeunes amis sont rentrés sur le continent il y a plusieurs mois. Martinier est parti hier, profitant du passage imprévu d'un cargo. Il a emporté dans ses caisses, en plus de cette lettre, un dossier complet sur les résultats de nos calculs. Il vous remettra également un courrier pour ma chère Catherine et mes chers enfants. Je vous remercie de leur faire parvenir lorsque la situation actuelle sera enfin portée à la connaissance de tous dans toute son effarante réalité. Je ne veux pas que ma famille pensent que je suis devenu un vieux fou qui colporte des rumeurs effrayantes (ils seraient bien capables de ne pas me prendre au sérieux, tout comme nos gouvernements que je ne cesse de mette en garde sans résultats)

Quand à moi, j'ai décidé de rester ici, au milieu de mes chers appareils et de mes pingouins, comme disait mon épouse. J'estime approximativement que j'ai encore au moins trois mois devant moi avant que l'eau n'atteigne la porte. Je n'aurai pas eu le temps de sauvegarder un couple de chaque animal, je serai bien marri si je survis.

Mais je ne crois plus aux miracles. Pendant ma jeunesse j'ai lutté tant que j'ai pu contre le nucléaire, puis j'ai rejoins notre programme, persuadé que nous étions en train de nous détruire par l'émission de particules. Comme vous le lirez dans le dossier joint, tout concorde aujourd'hui pour me confirmer que l'humanité périra non par la bombe ou par quelques cataclysme si bien mis en scène par nos amis américains mais tout simplement noyée. Une civilisation à la pointe de la technologie entière annihilée par la montée des eaux. Quelle ironie.

Je crains que la situation, lorsque vous recevrez ce courrier, ne vous permette pas de m'envoyer une réponse. Sachez que je ne m'en formaliserai pas.

Croyez, mon cher confrère , en mes sentiments amicaux et dévoués.

Henri de Longeville.


La BO de Henri :

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