Aller au contenu

Rachel

Temps de lecture : environ 6 minutes

« Ne pars pas. dit elle.

— Il le faut, si je reste, tu vieilliras près de moi, et tu finiras par m’en vouloir.

— C’est faux, je t’aimerai jusqu’au dernier jour.

— Tu dis ça aujourd’hui, mais quand le temps aura passé, quand les rides de ton front se seront creusées, tu m’en voudras. Je dois partir. »

Elle le regarda, il semblait calme et plein de détermination. Il semblait aussi si jeune.

Un instant elle se perdit dans ses souvenirs.

Quelle idiote elle avait été. Pensa-t-elle, faire ce choix absurde de sortir avec ce jeune homme qui avait l’age d’être son fils.

Ou si ce n’est son fils, son jeune frère.

Mais vraiment jeune alors…

C’était un soir de Saint Valentin et ce balourd de Jack avait eu l’idée de la plaquer à peine 15 jours avant. Elle avait accepté de tenir l’une des caisses du Walmart où elle bossait jusqu’à tard, elle aurait tout accepté plutôt que se retrouver seule chez elle à regarder une vielle comédie romantique pleine de guimauve sur AMC.

Et il était arrivé à sa caisse, il lui avait souri. Il était très jeune, très beau, il avait planté son regard dans le sien et elle avait été comme hypnotisée, il lui avait parlé, elle ne saurait plus aujourd’hui dire de quoi. Il avait payé, et lui avait proposé de venir la prendre quand elle finirait de travailler pour prendre un verre.

Sur le coup, sans savoir pourquoi, elle avait dit oui.

Il avait passé la porte et soudain ce fut comme ce moment où on sort d’un rêve, elle avait pris conscience de sa jeunesse. Elle s’était raisonnée, c’était dit qu’elle l’éconduirait quand il reviendrait.

Et pourtant.

Pourtant quand elle avait quitté le supermarché et qu’elle l’avait vu en train de l’attendre devant sa petite Toyota avec à la main une magnifique orchidée, quand elle avait croisé à nouveau son regard, elle ne s’était plus posé une question ; elle l’avait suivi.

Que c’était-il passé ce soir là ? Elle ne savait plus, mais quand elle avait ouvert les yeux le matin, elle était dans sa chambre. Sur le rebord de la fenêtre il y avait l’orchidée, et à ses cotés, ou plutôt tout contre elle, il était là, endormi.

Elle le détailla, une peau parfaite, d’un blanc presque laiteux, des cheveux noirs…

Il ouvrit les yeux, ils étaient d’un bleu sombre avec des paillettes dorées, il sourit, ces dents étaient blanches et régulières.

Elle se redressa, un peu gênée, se couvrant les seins avec le drap et son regard fut attiré par son reflet dans la psychée en face du lit. Ce matin-là, même si elle les portait bien, elle sentait sur ses épaules le poids de ses cinquante ans. Elle se trouva monstrueuse et vielle face à la beauté juvénile et angélique de son amant.

— Va-t-en ! lui dit-elle. Je suis trop vielle pour toi.

Et pour la première fois il la regarda avec son regard calme et déterminé.

— Tu ne vieilliras pas, je t’aimerai toujours, tu seras toujours aussi belle et douce qu’une fleur d'orchidée.

Et elle n’avait pas pu s’empêcher de vouloir  le croire.

Finalement il était resté.

Quelquefois elle doutait, et dans la psyché quand elle se détaillait elle voyait la peau de son cou un peu moins ferme, elle voyait des ridules aux coins de ses lèvres et de ses yeux, elle trouvait sa peau un peu plus sèche, elle se sentait vieillir. Et plus encore quand elle le regardait.

Et elle lui en voulait.

Elle le lui disait, lui répétait, lui ressassait sans cesse, qu’elle était trop vielle pour lui, puis en regardant à la fenêtre elle voyait l’orchidée qui elle aussi semblait se dessécher, et quand elle le regardait, ses traits fins, son regard, sa jeunesse, Elle prenait conscience de son âge, et petit à petit lui en voulait de plus en plus de l’avoir entraînée dans cette histoire. Elle devenait amère et colérique.

Un soir, il l’avait regardée et avait dit :

— Tu as raison, je dois partir.

Il avait pris sa veste ses clefs et était sorti.

Elle avait entendu le bruit de son pick-up devant la maison, puis celui-ci c’était estompé.

Elle était sortie devant la porte ; la rue était vide dans la lumière du soleil couchant.

Elle était restée la longtemps.

Puis les larmes avait jailli de ses yeux.

Elle était rentrée, avait fermé la porte et s’était mise à hurler de désespoir.

La nuit avait fait place au jour.

Puis la nuit,

Puis le jour.

Combien de temps cela avait duré  ? Elle n’aurait su le dire, elle avait pleuré, dormi, elle était aller travailler comme dans un brouillard, elle rentrait le soir et se laissait aller au désespoir, n’avait plus la force de manger ni de boire, sa gorge lui faisait mal de geindre et de pleurer et elle pour atténuer la douleur, elle suçait des glaçons. Elle se laissait dépérir et chaque jour elle se sentait plus seule,  plus vielle. Elle aurait voulu mourir.

Un matin un bruit dans la cours la réveilla, le bruit de son pick-up.
Elle se leva en hâte, pris le temps de jeter un œil dans la psyché ; elle devait être horrible, vielle, les yeux gonflées, pitoyable affreuse.

Et pourtant, l’image que lui renvoya le miroir était tout autre, elle semblait reposée, apaisée, et peut être même plus jeune.
Elle descendit l’escalier en courant.

Elle arriva au pied de l’escalier au moment où  il passait la porte.
Il la regarda, lui sourit et se jeta dans ses bras.

— Tu es belle ! dit il, et si jeune, je t’aime.

Le soir au moment où le soleil se couchait, elle se dirigeât vers la cuisine pour préparer une salade cependant que dans le salon il allumait la télé.
Au moment où elle le rejoint le générique du journal télévisait résonnait dans la pièce.

« Un terrible fait divers pour commencer notre édition. Annonça le journaliste. À Houston a Terry Patinson, la leader des Pompom Girl de l’équipe de football universitaire, qui avait disparu depuis trois jours, a été retrouvée morte dans un des parcs du campus. Selon une source proche de la police Universitaire, son corps aurait été retrouvé entièrement momifié comme si tous ses fluides vitaux avaient disparu… »

Rachel trouva l’information horrible, et ressenti une profonde tristesse en regardant sur l’écran une photo de la jeune femme sans doute prise lors d’un match, elle pensa à sa jeunesse à jamais disparu et s’assit songeuse à côté de lui.

Il passa son bras sur ses épaules, la regarda, et souri. Et tous les sentiments négatifs disparurent de son cœur et de son âme.
Leur vie reprit comme s’il ne s’étaient jamais quittés.

Le soir au moment dans le rejoindre dans leur lit elle jeta un coup d’œil à sa silhouette nue dans le miroir. Finalement pour son âge elle n’avait pas a se plaindre, elle était plutôt bien faite. Elle se demanda même comment elle avait pu quelques jours plus tôt se sentir si vieille, si moche et lui faire subir ses angoisses et ses craintes au point de le faire fuir. Elle se jura de ne plus le refaire.

A son réveil, à la fenêtre l’orchidée était en fleur.

Les jours, les semaines et les mois avaient passés, ses bonnes résolutions s’étaient envolées, et ses craintes étaient réapparues, ses sautes d’humeurs aussi. Et il était reparti la laissant seul avec une orchidée en train de faner.

Sans doute était il aller voir une femme plus jeune et plus désirable.

Mais il était revenu quelques jours plus tard et leur amour avait refleuri, cependant qu’aux nouvelles on apprenait que des jeunes filles jeunes belles et pleines d’avenir mouraient d’étrange façon.

Elle mesurait alors toute sa chance, se promettait de ne plus s’inquiéter de son âge, puis, elle trahissait la promesse qu’elle s’était faite…

Puis il partait, et revenait.

Encore et encore.

Combien de fois le cycle de leur amour avait-il refleuri ?
Combien de fois c’était elle dit qu’il était définitivement parti loin d’elle pour une femme plus jeune ?
Combien de fois l’avait il fait mentir en revenant ?
Combien de fois l’orchidée moribonde avait-elle refleuri ?

Elle ne s’en souvenait plus.

Mais elle savait par contre qu'a chacun de ses retours elle sentait plus jeune comme si elle avait quarante ans et que leur amour ne devais jamais vieillir.

Même si dehors des jeunes filles ne sauraient plus jamais ce que c’est que vieillir.

Alors qu’elle sortait de sa longue réflexion, une fois encore il répéta : « je pars, je serais à Houston, ou a Dallas, Peut-être que je pousserai jusqu’à la Nouvelle-Orléans, je reviens bientôt. »

— Vas-y je t’attends. lui dit elle

Et cependant que le Pick-up démarrait dans l’allée, elle alla débarrasser l’orchidée de quelques fleurs mortes.

 

 

Photo : Le Mike


La BO de Rachel :

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

error: il ne faut pas regarder à travers la fenêtre