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L’onde • Partie 3 • Marc et Barbara

Temps de lecture : environ 4 minutes

L'onde nouvelle par épisode

« Nous sommes passés d’un monde de la production de masse à un mode de communication de masse. »
Barbara Lemen aimait commencer ses interventions par une affirmation, cela permettait de capter l’attention du public.

Elle reprit.
— Qu’il s’agisse de satellites, d’émetteurs de radio, de télévision, ou de téléphonie, de wifi ou de nombreuses autres technologies, nous vivons aujourd’hui dans un monde parcouru par des ondes radioélectriques qui transportent en chaque point du globe des informations…
Derrière elle sur le grand écran de projection de l’amphithéâtre une animation représentant la terre entourée de lignes oscillantes était apparue.
— Aujourd’hui la majorité de ces informations sont codées sous forme de signaux numériques qui permettent de garantir l’intégrité des contenus informationnels…
Sur l’écran une succession de 1 et de 0 s'affichérent.
… cependant pour garantir cette pérennité de l’information, et sa mise à disposition à tous partout sur le globe, nous devons dépenser énormément d’énergie. Un seul émetteur de téléphonie mobile consomme de 200 à 500 watts, et en France il y a plus de 190 000 antennes relais, soit plus d’une par Kilomètre carré.
Le public face était pendu aux lèvres de Barbara et semblait fasciné par les chiffres qui s’affichaient sur l’écran.

Elle reprit :

… Si on regarde le phénomène de la radiodiffusion en pensant développement durable, on peut dire qu’il est un paradoxe, d’un côté il contribue au développement de l’accès a l’information et à la communication. De l’autre il est excessivement énergivore.

À nouveau elle fit une courte pause. Parler de développement durable était toujours bien dans une des conférences qu’organisait l’université chaque année en mai pour essayer de trouver des partenaires industriels pour soutenir les projets de recherche. Les entreprises adoraient pourvoir communiquer sur le bien qu’elles faisaient à la planète.

Elle entama le cœur de sa présentation.

Depuis maintenant 5 ans, avec Marc Delieu, nous travaillons au sein du laboratoire de recherche en radiodiffusion numérique de l’université sur un projet de recherche visant à déterminer comment réduire la consommation énergétique des systèmes d’émission et de réception.

Bien sur, cette réduction de consommation passe par la création de composants électroniques moins énergivores. Nous avons déterminé que cette consommation électrique était aussi liée au type de signal, c’est-à-dire au rapport entre la fréquence de la porteuse, et la qualité de l’information numérique transporté.

En fait la partie théorique de nos recherches démontre que certaines combinaisons, signal/fréquence pourraient être nettement plus efficaces et réduire les besoins énergétiques de la radiodiffusion de plus de 70 %. Nous devons à présent entamer une nouvelle phase de notre projet et passer à l’expérimentation pour valider nos théories. À terme ces nouveaux systèmes pourront révolutionner toute l’industrie des communications.

L’amphithéâtre fut en un instant rempli d’applaudissements.

Au Premier rang, David Bulot le président de l’université était satisfait, Barbara Lemen avait conquis son public. À sa gauche, Thierry Cadiou se pencha à son oreille et lui dit à voix basse : « nous sommes prêts à financer ce projet de recherche si vous êtes d’accord pour que nous signions un partenariat de recherche public privé, nous pouvons investir plusieurs dizaines de millions, tout de suite »
Le président sourit, il avait bien fait d’inviter Cadiou, le PDG d’ERICKIATEL le plus grand groupe de téléphonie européen.

La semaine suivante dans la messagerie du laboratoire de recherche en radiodiffusion numérique Marc Delieu et Barbara Lemen reçurent un message du secrétariat de la présidence de l’université.

« Chers collègues,
Un de nos partenaires nous propose de prendre en charge la production des prototypes nécessaire à la réalisation de vos tests. Merci de prendre contact avec le service juridique de l’université pour la mise en place des contrats de partenariat et la préparation des brevets.
Veuillez aussi nous indiquer les autres ressources nécessaires à l’accomplissement de cette phase de votre projet de recherche.
Cordialement
Le Président »

Marc et Barbara étaient ravis, il ne leur restait en fait qu’un problème à régler : trouver un lieu qui ne soit pas dans un environnement trop chargé d’ondes électromagnétiques pour expérimenter leurs émetteurs. Paradoxalement ce fut un confrère, chercheur au laboratoire de biologie de l’Université, qui leur proposa une solution.
L’université disposait d’une station ornithologique sur l’île de Bran qui n’était utilisée qu’une à deux semaines par an. Ils pourraient s’y installer pendant quelques mois le temps de mener leur campagne de mesures.

C’est ainsi qu’aux premiers jours de janvier 2016 ils accostèrent au port de Bran avec leur matériel et prirent possession de la petite maison qui hébergeait habituellement les biologistes à la pointe nord de l’île.

Une grande pièce à vivre donnait sur l’océan ou ils installèrent leurs ordinateurs, à l’étage quelques chambres, à l’arrière, une grande remise où Marc installa son atelier et où ils remisaient les vélos qu’ils utiliseraient pour se déplacer sur l’île pendant leur séjour.

Ils n’avaient pour voisins qu’une colonie de goélands, et un hameau reconverti en locations de vacances, entièrement vide en cette saison.

Ils avaient environs six mois pour mener leurs tests et trouver l’onde porteuse parfaite.

La première semaine, ils installèrent un peu partout sur l’île, leurs émetteurs et leurs récepteurs. Ils en profitèrent pour aller à la rencontre des habitants, leur expliquer leur projet, et essayer de rassurer les plus inquiets des îliens :

Non, les émetteurs n’étaient pas trop puissants, d’ailleurs chacun d’entre eux tenait dans une petite boite d’une dizaine de centimètres de diamètre.

Non, ils ne perturberaient ni la radio ni la télé. D’ailleurs les phases de tests étaient prévues de nuit entre une heure et cinq heures du matin afin de limiter au maximum les perturbations.

Au bout de 15 jours, les mesures commencèrent ; chaque nuit les petits émetteurs et récepteurs s’allumaient et échangeaient des milliers de signaux. Chaque matin, les boîtiers s’éteignaient, et les ordinateurs analysaient l’intégrité des messages transmis.

Pour leur part, Marc et Barbara n’avaient qu’à assurer la maintenance, et à affiner leur protocole d’expérimentation. Ils faisaient de longs circuits à vélo partout sur l’île pour s’assurer que les prototypes résistaient bien aux conditions climatiques de cette fin d’hiver breton, À force de parcourir l’île en tout sens, ils s’intégraient peu à peu à la vie du village.

Ça ressemblait à de longues vacances, peut être en un peu plus productif, mais guère.

Le mois d’avril avançait et ils n’avaient pas encore trouvé de combinaison d’onde et de signal qui correspondent à leurs attentes.

À suivre…

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